Le bois s’est laissé faire, mais il n’a pas laissé beaucoup de répit à Gepetto : il l’a regardé fixement, lui a tiré la langue et n’a eu de cesse de faire grandir son nez. Maintenant, Gepetto façonne les jambes et les pieds de Pinocchio. Le pantin est terminé. Pour tout remerciement, Gepetto reçoit un coup de pied dans le nez. Ce pantin est décidément très ingrat. Gepetto lui a pourtant donné forme… L’esprit caché dans ce bois n’a que faire des remerciements. Il n’est pas décidé à se laisser dompter par quiconque.
Gepetto met Pinocchio à terre. L’instant d’après, Pinocchio s’enfuit à toutes jambes. Le vieil homme court après lui et lui enjoint de revenir, mais le pantin est déjà loin. Pinocchio n’a visiblement aucune intention d’entretenir le lien filial. Quel est cet enfant qui ne reste pas avec son père ? Quelle est cette création qui ne reste pas avec son créateur ? Pinocchio veut vivre sa vie. Il se fiche éperdument de Gepetto, il est prêt à lui rire au nez. Il ne veut en aucun cas se sentir prisonnier auprès de cet homme. La liberté est sienne. Ici, on voit comment l’œuvre échappe à son créateur. De création, il devient créature, échappant coûte que coûte à tout contrôle. La création n’est qu’une étape, ensuite il y a la vie. Personne ne lui dira ce qu’il doit faire, c’est lui qui décide. Il refuse la marque indélébile de son créateur et surtout, il refuse son statut de « pantin ». Pinocchio coupe tous les fils qui le relient à Gepetto, il lui refuse tout droit. Ce n’est pas le vieil homme qui contrôlera ses faits et gestes, ce n’est pas lui qui décidera quand il doit lever la main ou parler. Il n’est pas un pantin, il est un être vivant.
