Pinocchio n’est pas encore terminé. Gepetto a fait la tête et le corps. Il a aussi fait les bras et, à l’instant, il termine les mains. À peine terminées, elles s’empressent d’agir. Elles s’emparent de la perruque de Gepetto, qui se retrouve sans chevelure. C’est une nouvelle effronterie de la part du pantin, qui ne perd visiblement aucune occasion de se moquer de son créateur. Ses yeux se sont déjà montrés très effrontés, son nez n’a cessé de croitre de manière fulgurante et sa bouche a ri. Pire encore, Pinocchio a déjà tiré la langue à Gepetto. Ce pantin agit comme un diable et n’épargne aucune humiliation au pauvre Gepetto.
Pour la première fois de sa vie, Gepetto éprouve un sentiment de profonde tristesse. Les friponneries de son pantin le touchent en plein cœur. Il voit bien que Pinocchio ne perd aucune occasion de se moquer de lui. Il voit bien qu’il est dépassé par cet esprit espiègle qui s’exprime par tous les moyens. Il verse d’ailleurs une larme. Mais cela ne change en rien l’attitude de Pinocchio, qui n’éprouve aucune forme d’empathie pour son créateur. Le moment est dramatique. Gepetto n’a pas d’enfant et ce pantin représente sa seule et unique lignée. C’est un peu comme s’il devenait père pour la toute première fois. Ce moment devrait être rempli de joie, mais ce n’est malheureusement pas le cas. Gepetto crée dans la douleur. Ce fils si merveilleux promet de lui causer bien du tracas. Il est d’ores et déjà bien ingrat avec son père. C’est d’ailleurs ce que Gepetto tente sans succès de lui faire comprendre. Gepetto continue malgré tout à façonner ce fils qui a besoin de jambes et de pieds. Comme avec les autres parties de son corps, à peine les pieds sont-ils terminés que Gepetto reçoit un coup de pied dans le nez. Il prend ce geste avec philosophie, se disant qu’il fallait bien se douter que son pantin n’en resterait pas là.
