Un pas devant l’autre, chaque pèlerin de Compostelle marche vers lui-même. Souvenez-vous d’Alice de l’autre côté du miroir. Le pèlerin est comme un pion dans le jeu d’échecs qui, de case en case, arrivant en case huit, devient Reine en vertu de la « promotion du pion ». Un pas devant l’autre ou un pas après l’autre, qu’importe. Une foulée est une foulée. Sur le chemin, elle est toujours porteuse de nouveauté. À chaque case, Alice rencontre de nouveaux personnages, exactement à l’inverse de la Reine rouge qui, courant à perdre haleine, ne sait faire que du sur-place. Le contraste est saisissant et porteur d’enseignement. Il semblerait que rien ne sert de courir, car ce n’est pas cela qui fait avancer. Pour avancer, il faudrait marcher et ce serait l’essentiel de l’enseignement du Chemin de Compostelle.
Ce serait en marchant que l’on avancerait le mieux ? Allant de l’avant, le pèlerin entre en lui-même comme Alice qui, courant derrière le Lapin, tombe dans un trou qui va la mener en elle-même. Sur le chemin de Compostelle, le pèlerin serait comme une plante qui marcherait en direction de sa fleur. Lorsque la fleur éclot sur la plante, le pèlerin s’est à la fois dépouillé et enrichi par la magie d’une mystérieuse alchimie qui l’a fait revenir à lui-même. Tant qu’il courait, il se perdait. Ayant repris la marche, il a retrouvé le cours de son destin.
