Pinocchio imagine déjà l’école, ce qu’il va y apprendre. Il est plein de bonnes résolutions. Le premier jour, il apprendra à lire. Ça se fera en un jour. En quelques jours, il aura appris tout ce qu’il doit savoir. Il imagine aussi tout ce que ce savoir lui permettra de faire plus tard. Il imagine gagner de l’argent et rendre au centuple à son père tout ce qu’il lui a donné. Son futur est déjà tout tracé. Après les promesses faites à son père, il s’en fait à lui-même. Il bâtit ce que l’on appelle des « châteaux en Espagne », des projets chimériques, sans doute irréalisables.
Pinocchio avance sur le chemin de l’école. Il a de l’ambition, l’école va lui permettre de réaliser beaucoup de choses dans sa vie. Quand soudain, il entend un bruit qui vient d’assez loin. Il est intrigué. Il s’arrête. Pourquoi s’arrête-t-il alors qu’il est sur le chemin de l’école ? Un simple bruit, un bruit sans importance ne devrait pas l’arrêter. Et pourtant. C’est de la musique. Il écoute. Serait-il en train de se laisser divertir ? Il a une forte envie de se rendre jusqu’à la source de cette musique. Il tergiverse, posant le pour et le contre. Il décide finalement de reporter l’école à plus tard, il pourra y aller demain. Un jour de moins à l’école n’est pas si grave. Ses promesses sont en train de s’envoler. Il prend une rue transversale qui le mène jusqu’à la musique. Pinocchio vient de se laisser « divertir ». Le mot latin divertere veut dire : « aller dans une autre direction ». Le chemin de l’école c’est le chemin tout droit, « le droit chemin ». Le chemin vers cette musique attirante, vers une destination inconnue, c’est un chemin de hasard. Ses résolutions n’étaient sans doute pas si profondes que cela. La première tentation l’emporte, l’envie d’aller explorer le monde est plus forte. Pinocchio s’oriente décidément hors des sentiers battus. L’esprit de sérieux a laissé place à l’esprit de légèreté. Le sort le rattrape immédiatement de manière très ironique. Il arrive à une cabane devant laquelle se trouve une foule de gens. Il y a une pancarte, mais il n’arrive pas à la lire. C’est un petit garçon de son âge, présent à ce moment-là, qui accepte de lui lire ce qui est écrit. Au passage, il le traite d’âne, sous-entendant qu’il devrait savoir lire. Pinocchio vient de prendre un chemin qui ne le mènera pas à la lecture. Que va-t-il se passer ?
