Il y a peut-être quelqu’un dans ce bois. Maître Cerise est tout déconcerté, il ne sait plus quoi penser. Par trois fois, ça a parlé. Par trois fois, il a entendu une voix. Soudain, Gepetto entre dans la boutique. Les choses ne font qu’un tour dans l’esprit de Maître Cerise. Il voit là une opportunité de se débarrasser du bois. En effet, il lui parait maintenant totalement impossible de pouvoir en tirer quelque chose.
Gepetto émet une idée originale : créer un pantin. L’idée plaît immédiatement au morceau de bois. On entend «Bravo !» dans la boutique. On a l’impression que le créateur et la créature viennent de se rencontrer. Pourtant, la créature n’est pas encore là. Il n’y a que la matière. Mais ici, elle s’exprime comme pour dire qu’elle accepte l’idée de Gepetto. Celui-ci repart avec le bois. Il va entreprendre de le sculpter pour en faire un petit personnage à son goût. Le bois va se laisser faire. Pourquoi ce changement d’attitude de la part du bois ? Il s’agit d’un bois qui parle, ne l’oublions pas. Alors que voulez-vous que ça fasse, à part un bois à pantin ? On ne va tout de même pas utiliser un bois qui parle pour faire un parquet, ni même un pied de table. C’est bien trop vulgaire pour un bois d’une aussi grande originalité. En faire un pantin, c’est tout de même beaucoup plus approprié. À l’état brut, il sait déjà parler. Il fait des phrases. Il n’a même pas besoin de bouche pour cela. Il a déjà du caractère. Il s’immisce dans la conversation, il est facétieux, il sait rire. Il tape quand il en a envie. Il connaît le surnom de son futur créateur, Pollenta. C’est un bois merveilleux, le plus merveilleux des bois à pantin. Gepetto a beaucoup de chance de l’avoir trouvé et la réciproque est vraie. Finalement, il y aura vraiment quelqu’un dans ce bois.
